Comment aider les enfants à retrouver l'envie de travailler ?

On les connaît bien, ces moments où l'enfant fixe son cahier sans le voir. Les révisions attendent le dernier moment, et les devoirs se transforment en bras de fer. Plus la fin de l'année scolaire approche, pire c'est. La fatigue s'accumule, les beaux jours donnent envie de passer son temps dehors, bref, c'est la cata !
Si votre enfant semble avoir perdu tout élan face au travail scolaire, sachez d'abord que ce n'est ni une fatalité, ni un problème de fainéantise. Retrouver l’envie de travailler, ça se travaille. Et remotiver les enfants, c’est possible.
Et ça commence par comprendre d'où vient le blocage.
Pourquoi l'envie de travailler disparaît-elle ?
La motivation scolaire, comme la motivation dans le monde du travail, n'est pas un robinet qu'on ouvre ou qu'on ferme. C'est quelque chose qui évolue, qui se construit, qui parfois s'abîme… Mais qu'on peut aussi réparer !
Les chercheurs Edward Deci et Richard Ryan, à l'origine de la théorie de l'autodétermination, ont montré que la motivation humaine repose sur trois besoins fondamentaux des êtres humains : le besoin d'autonomie (se sentir acteur de ce qu'on fait), le besoin de compétence (se sentir capable de progresser) et le besoin de lien (se sentir relié·e aux autres, soutenu·e). Quand l'un de ces trois piliers se casse la figure, la motivation patine.
À l'école, ça peut ressembler à ça :
- Un·e enfant qui n'arrive pas à suivre le rythme commence à douter de ses capacités ➜ le besoin de compétence est touché.
- Un·e autre à qui on impose tout, sans jamais lui laisser de choix, finit par décrocher ➜ c'est le besoin d'autonomie qui s'érode.
- Un·e troisième qui se sent seul·e face à ses difficultés, incompris·e ou mal vu·e de son enseignant·e ➜ c'est le besoin de lien qui vacille.
À cela s'ajoutent des facteurs très concrets : la fatigue, les difficultés d'apprentissage non repérées (comme la dyslexie ou le TDAH), une surcharge de travail, ou encore un sentiment d'inutilité ("à quoi ça sert d'apprendre ça ?").
La première étape pour retrouver la motivation à travailler, c'est donc de comprendre pourquoi elle est partie.
Que faire pour remotiver les enfants ?
1. Redonner du sens
Albert Bandura, psychologue à l'Université de Stanford, a montré que le sentiment d'efficacité personnelle (c'est-à-dire la conviction qu'on est capable de réussir une tâche) est un moteur puissant de motivation. Un·e enfant qui ne voit pas l'intérêt de ce qu'il fait, ou qui est convaincu·e d'avance qu'il va échouer, aura beaucoup de mal à trouver l'élan de se mettre au travail.
Concrètement, on fait quoi ?
- Prendre le temps de discuter avec lui/elle de pourquoi tel cours peut lui être utile (même si la réponse n'est pas toujours évidente de prime abord 🤪).
- Lui montrer des petites victoires passées, des moments où il a progressé, pour lui rappeler qu'il/elle en est capable.
- Lui fixer des **objectifs atteignables (**pas "révise tout le programme" mais plutôt "comprends cette notion aujourd'hui").
2. Retravailler l'organisation du temps
Un·e élève qui s'assoit devant ses devoirs sans avoir dormi correctement, ou après une journée chargée sans moment de détente, n'a tout simplement pas les ressources pour se concentrer.
Les neurosciences le confirment : le cerveau a besoin de phases de repos pour consolider les apprentissages. On sait par exemple que le sommeil joue un rôle crucial dans la mémorisation.
Pour aider votre enfant à retrouver la motivation, vous pouvez par exemple :
- Prévoir une pause réelle entre le retour des cours et les devoirs (20 à 30 minutes minimum).
- Découper le travail en petits blocs plutôt qu'en longues sessions épuisantes (la méthode Pomodoro, dont on a déjà parlé sur le blog, peut faire des merveilles 😉).
- Respecter un rituel pour entrer dans le travail : même heure, même endroit, même signal de départ. Le cerveau aime les routines.
3. Créer les bonnes conditions relationnelles
On l'oublie souvent, mais la motivation d'un·e enfant est profondément liée à ce qu'il/elle ressent dans ses relations aux autres (parents, enseignants, camarades).
Un·e élève qui travaille dans la peur du jugement, dans l'anxiété de décevoir, ou dans un climat de pression constante ne peut pas être vraiment disponible pour apprendre.
En tant que parent, vous ne pouvez pas trop agir sur ses relations aux professeurs. Mais, vous pouvez :
- dédramatiser l'erreur. Une mauvaise note n'est pas une catastrophe : c'est une information. Ce qu'on en fait compte bien plus que la note elle-même ;
- éviter les comparaisons avec la fratrie, les camarades ou "à ton âge je…". La seule comparaison utile, c'est avec soi-même : est-ce qu'il/elle progresse ?
- valoriser l'effort plutôt que le résultat. "Tu as vraiment persévéré sur cet exercice" a bien plus d'impact sur la motivation durable que "t'as eu 18, bravo".
4. Adapter à son profil d'apprenant
Tous les enfants ne fonctionnent pas de la même façon. On ira même plus loin : chaque enfant a sa propre manière de fonctionner.
Et c'est encore plus vrai pour les enfants dys (dyslexiques, dyscalculiques…) ou porteurs de TSA (troubles de la sphère autistique) : leur rapport au travail, à la concentration et à la surcharge sensorielle est souvent très particulier.
Pour ces enfants, retrouver l'envie de travailler passe souvent par adapter les supports et les méthodes avant même de parler de motivation. Travailler sur un bureau encombré, avec du bruit, sur un texte dense et sans mise en forme... peut rendre la tâche insurmontable. Non pas parce que l'enfant manque de volonté, mais parce que les conditions ne lui permettent pas de “débloquer” ses capacités.
Des adaptations peuvent tout changer :
- Utiliser des cartes mentales (mind maps) plutôt que des fiches linéaires ;
- Privilégier les révisions à voix haute plutôt qu'en lecture silencieuse ;
- Réduire la longueur des sessions tout en augmentant leur régularité ;
- Utiliser des outils numériques adaptés (lecteurs de texte, correcteurs, etc.).
5. Impliquer l'enfant dans son propre processus
C'est peut-être le conseil le plus transformateur, et le moins appliqué : demander à l'enfant ce dont il a besoin.
Pas de façon rhétorique, mais vraiment. Qu'est-ce qui le bloque ? Qu'est-ce qu'il aimerait faire différemment ? Y a-t-il une matière dans laquelle il se sent à l'aise, et qu'on pourrait utiliser comme point d'appui ?
On en parlait en début d’article, le sentiment d'autonomie est un des leviers les plus puissants pour relancer la machine. Un enfant à qui on laisse une part de choix (même petite) dans son organisation, ses révisions ou ses méthodes de travail, s'investira souvent bien davantage.
Et si le blocage est plus profond ?
Parfois, la perte d'envie n'est pas qu'un creux passager. Elle peut signaler une anxiété scolaire, un épisode dépressif, des difficultés d'apprentissage non diagnostiquées, ou encore un mal-être lié au groupe (harcèlement, sentiment d'exclusion).
Si votre enfant :
- refuse catégoriquement d'aller à l'école ou de travailler depuis longtemps,
- pleure régulièrement avant ou pendant les devoirs,
- présente des symptômes physiques (maux de ventre, de tête) le dimanche soir,
- semble triste, replié sur lui-même, sans énergie dans d'autres domaines de sa vie...
...il est important de ne pas rester seul face à ces signaux. En parler à son médecin traitant, au médecin scolaire ou à un psychologue peut aider à identifier ce qui se passe réellement.
Remotiver les enfants, ça prend du temps (et c'est normal)
La motivation scolaire se reconstruit progressivement, avec de la patience, de la régularité et, parfois, un peu d'accompagnement extérieur.
À La Cartésienne, nous croyons profondément que chaque enfant a en lui les ressources pour retrouver le plaisir d'apprendre. Notre rôle n'est pas de pousser, de forcer ou d'imposer. C'est de créer les conditions dans lesquelles ce plaisir peut renaître : un cadre sécurisant, une approche personnalisée, et des adultes qui croient en lui.
Parce que derrière chaque enfant qui ne veut plus ouvrir son cahier, il y a souvent un enfant qui attend juste qu'on lui montre un autre chemin. 🌱
FAQ
Est-ce que les récompenses fonctionnent pour retrouver l'envie de travailler ?
À court terme, oui. Mais les études montrent que les récompenses externes (argent de poche, écrans, cadeaux) peuvent en réalité réduire la motivation intrinsèque sur le long terme — c'est ce qu'on appelle l'effet de surjustification. Mieux vaut valoriser l'effort et le progrès que le résultat seul.
À partir de quel âge parler de méthodes de travail à un enfant ?
Dès le primaire, on peut commencer à introduire des habitudes simples : un espace de travail fixe, une routine, des objectifs courts. Les méthodes plus élaborées (planification, cartes mentales, etc.) se construisent progressivement à partir du collège.
Les punitions ont-elles une utilité pour que mon enfant se remette au travail ?
Non. La punition peut modifier un comportement à court terme, mais elle n'agit pas sur les causes réelles du désengagement. Un enfant qui ouvre ses cahiers pour éviter une sanction ne développe pas de motivation : il développe de l'évitement. Ce qui fonctionne mieux ? Comprendre ce qui bloque, et recréer les conditions dans lesquelles il peut se sentir capable et en sécurité.
Est-ce que les cours de soutien peuvent aider un enfant à retrouver la motivation ?
Ça dépend. Un soutien uniquement centré sur la performance et le rattrapage du programme peut renforcer la pression que l'enfant ressent déjà. En revanche, quand l'accompagnement part d'abord de l'élève (de ce qui le bloque, de comment il fonctionne) les choses peuvent vraiment changer.C'est l'approche que nous défendons à La Cartésienne. La performance vient, bien sûr, mais elle vient après : après avoir remis l'élève au centre et recréé les bonnes conditions d'apprentissage.
- Deci, E. L., & Ryan, R. M. (1985). Intrinsic Motivation and Self-Determination in Human Behavior. Springer.
- Bandura, A. (1997). Self-Efficacy: The Exercise of Control. Freeman.
- Walker, M. (2017). Why We Sleep. Scribner.
- Vianin, P. (2006). La motivation scolaire. De Boeck.
Articles similaires
Vous pourriez aussi aimer ces articles également.
.png)
.png)
